Dans la nuit du 19 juillet 2026, l’Espagne a été sacrée championne du monde, battant l’Argentine 1-0 après prolongation en finale de la Coupe du monde de la FIFA, Ferran Torres inscrivant l’unique but de la rencontre — le deuxième titre mondial espagnol, après 2010. Pour atteindre cette finale, l’Espagne avait éliminé la France 2-0 en demi-finale cinq jours plus tôt. En Inde, comme à chaque Coupe du monde, des millions de personnes ont veillé pour tout regarder. Et c’est là que réside le paradoxe silencieux du tournoi pour l’Inde : elle constitue l’un des plus grands publics de football au monde, et elle n’a jamais disputé la compétition qu’elle suit avec tant de ferveur.
Les deux faits cohabitent mal — une nation de plus de 1,4 milliard d’habitants, un public de football compté en centaines de millions, et, en 75 ans, pas une seule participation à la Coupe du monde. L’Inde s’en est approchée le plus en 1950, lorsqu’elle s’est qualifiée pour le tournoi au Brésil après le retrait d’autres équipes asiatiques, avant de se retirer sans avoir joué. Contrairement au récit populaire, il ne s’agissait pas d’une interdiction de jouer pieds nus ; la Fédération indienne de football (AIFF) a évoqué le court préavis, le coût du voyage si peu après l’Indépendance, et une priorité alors donnée aux Jeux olympiques. La leçon a bien vieilli : une participation à la Coupe du monde se construit, elle ne se souhaite pas.
C’est cet écart que l’Indo-French Sports Association (IFSA) a pour raison d’être de réduire — et il est révélateur que le pays que l’Inde a suivi jusqu’au dernier carré soit la France, la nation partenaire de l’IFSA. La France n’a pas remporté cette Coupe du monde, mais sa présence parmi les quatre derniers n’a, une fois encore, rien eu de surprenant : championne du monde en 2018, finaliste en 2022, demi-finaliste en 2026. Peu de pays ont fait du football une filière aussi régulière. La manière dont une fédération bâtit des académies, forme des entraîneurs et trace un chemin de la cour de récréation au podium est précisément l’expertise que le pont de l’IFSA est conçu pour acheminer de la France vers l’Inde.
Ce pont n’est pas une abstraction. Sa pièce maîtresse arrive cet automne : la troisième édition du Tournoi de football indo-français (IFFT), prévue du 26 octobre au 1er novembre 2026 — la première édition organisée sur le sol indien, un tournoi des moins de 18 ans réparti sur plusieurs villes hôtes, qui réunit le football des jeunes français et indiens sur un même terrain. Là où la Coupe du monde se regarde en Inde, l’IFFT se joue en Inde. C’est une inversion modeste et délibérée de la relation habituelle entre les supporters indiens et le jeu mondial.
Côté clubs, le travail footballistique de l’IFSA s’appuie sur un partenariat établi avec l’Olympique Lyonnais, l’une des académies les plus respectées de France, articulé autour de l’encadrement et des échanges de jeunes. Les discussions avec d’autres institutions du football français — parmi lesquelles le LOSC Lille et la Ligue de Football Professionnel — sont en cours plutôt qu’actées, et l’IFSA prend soin de les présenter ainsi. L’enjeu n’est pas un écusson sur un maillot ; c’est le transfert d’une méthode.
Au-dessus du terrain se trouve un engagement de gouvernement à gouvernement. Dans la Déclaration conjointe Inde-France de février 2025, les deux pays ont convenu que la France « partagerait son expérience et son expertise en matière d’organisation et de sécurisation de grands événements sportifs internationaux, dans le contexte de la candidature de l’Inde à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2036 ». Une Coupe du monde est l’illustration la plus claire de ce à quoi ressemble cette expertise en pratique — et de la raison pour laquelle un pays qui se prépare à briguer les Jeux voudrait un partenaire qui à la fois les organise et en atteint régulièrement les dernières phases.
Le pont est plus large que le football. En avril 2026, l’IFSA a signé une lettre d’intention avec la Ligue Nationale de Basket française afin d’ouvrir une voie, encore en développement, pour les joueurs, entraîneurs et officiels indiens au sein du basket-ball professionnel français. Dans le parasport, l’IFSA a bâti un partenariat avec le Comité paralympique de l’Inde et a pris part aux Championnats du monde de para-athlétisme à New Delhi en 2025, prolongeant le soutien qu’elle avait d’abord apporté autour des Jeux paralympiques de Paris 2024. Un week-end de Coupe du monde rappelle utilement que le sport de haut niveau est un système, non une seule équipe.
Cette vision systémique a valu à l’IFSA une place à des tables plus larges. En juin 2026, elle a participé en qualité d’observateur à la session du Comité intergouvernemental pour l’éducation physique et le sport (CIGEPS) de l’UNESCO à Paris, alignant son action sur le cadre Fit for Life ; un mois plus tôt, l’Ambassadeur de France en Inde, S.E. M. Thierry Mathou, lui adressait une lettre reconnaissant son rôle dans les liens indo-français par le sport. Sous tout cela court un courant humain que les pages sportives notent rarement : la même déclaration conjointe de 2025 a fixé un objectif de 30 000 étudiants indiens en France d’ici 2030. Entraîneurs et étudiants empruntent le même pont.
L’Espagne conservera le trophée pendant quatre ans ; la France se reconstruira et, au vu de sa forme actuelle, abordera n’importe quel tournoi parmi les prétendants au dernier carré. L’Inde regardera, comme toujours. Mais la mesure du travail de l’IFSA, c’est la distance entre regarder et jouer — et le prochain coup de sifflet qui compte pour le football indien ne retentira pas dans un autre pays. Il retentira à domicile, en octobre, quand le jeu mondial viendra sur le sol indien avec l’IFFT. C’est ainsi qu’une attente de 75 ans commence, enfin, à se raccourcir.
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