Le premier titre indien en para-athlétisme aux Jeux du Commonwealth est tombé le 27 juillet, au lancer du poids F57 dames. Sharmila Dhankar a réalisé 9,81 m, sa meilleure marque de la saison, devant la Ghanéenne Zinabu Issah (argent, 8,65 m) — et, après qu'une révision technique tardive a invalidé pour faute le bronze initialement attribué à la Nigériane, l'Indienne Shilpa K Shyla a été promue troisième avec un record personnel de 7,26 m. Deux médailles indiennes dans la même finale. En plus d'un demi-siècle de Jeux du Commonwealth, aucune para-athlète indienne n'était montée sur cette plus haute marche.
Elle a 40 ans, vient du village de Chitrauli, dans le district de Mahendragarh (Haryana), et vit avec les séquelles d'une poliomyélite contractée à deux ans. Mariée à 18 ans, elle a subi des années de violences conjugales avant de partir avec ses deux filles. Elle reconstruisait une vie, pas une carrière. Son second mari, Ajit Singh, a découvert le para-sport dans un journal et l'a encouragée à essayer.
Elle avait 34 ans. Elle commence à s'entraîner en 2020 sous la direction de l'entraîneur Tek Chand, au stade Rao Tularam de Rewari ; championne nationale F57 en 2021 ; quatrième aux Jeux du Commonwealth de Birmingham en 2022 avec un record national à 8,43 m ; cinquième aux Championnats du monde de para-athlétisme de New Delhi en 2025 avec 10,03 m ; en or au Fazza International de Dubaï cette année — puis en or à Glasgow. Six ans, du club de village au podium mondial, à un âge où la plupart des lanceuses arrêtent.
Sa famille y a laissé ce qu'elle possédait. En 2023, pour financer les entraînements et les déplacements, elle a vendu sa maison de Rewari et s'est installée en location. C'est le deuxième médaillé indien en quinze jours dont la route vers Glasgow est passée par la vente d'un bien familial : le para-powerlifteur Jhandu Kumar avait vendu son e-rickshaw. Deux athlètes, deux États, la même arithmétique.
Voici ce qui nous paraît le plus important, et ce n'est pas le courage. Presque tous les dispositifs de détection, partout dans le monde, cherchent des enfants. Sharmila Dhankar leur serait restée invisible : ni parcours scolaire, ni circuit jeunes, ni académie. Dans le para-sport, ce n'est pas un cas isolé — une grande partie des para-athlètes acquièrent leur handicap, ou simplement leur première occasion, à l'âge adulte. Une filière pensée uniquement pour des jeunes de quatorze ans ne rate pas seulement des individus : elle rate structurellement la discipline. Elle, c'est un article de presse et un mari attentif qui l'ont trouvée. C'est magnifique quand cela arrive, et désastreux quand cela tient lieu de politique.
La France apporte à cette question précise une réponse qui fonctionne, et elle est récente. Paris 2024 a accueilli les Jeux Paralympiques les plus paritaires de l'histoire : un record de 1 983 femmes, soit 45 % des athlètes, et 235 épreuves féminines, huit de plus qu'à Tokyo. De tels chiffres ne se décrètent pas la semaine des Jeux. Ils viennent de la mécanique ingrate qui les précède : capacité de classification, voies d'accès ouvertes aux adultes, entraîneurs formés aux lancers assis, et des clubs qui voient dans une débutante de 34 ans une athlète à construire plutôt qu'une exception.
C'est exactement l'objet de notre travail para. La filière para de l'IFSA avance avec le Comité paralympique indien (PCI) et en direction de l'INSEP, et nous avons accompagné des athlètes autour de Paris 2024 ; l'Institut français en Inde et le PCI ont lancé Para Élan en avril 2026. Ce qui se transmet n'a jamais été les médailles françaises : c'est la méthode française — la partie qui trouve les gens.
L'Inde accueillera les Jeux du Commonwealth du centenaire au Gujarat en 2030. D'ici là, elle produira une autre Sharmila Dhankar. La seule question est de savoir si elle sera repérée par un recruteur, à 34 ans, lors d'un meeting de district — ou par un hasard de journal, une fois la maison vendue.
Nous préférons le recruteur. C'est la route que nous construisons, et elle va dans les deux sens.




