Les para-athlètes indiens viennent de livrer la meilleure performance de leur histoire aux Jeux du Commonwealth. À Glasgow 2026, ils ont remporté sept médailles — dont trois en or — six venant du para-athlétisme, mettant fin à vingt ans d'attente sur un podium para du Commonwealth. Mais le tableau des médailles est la plus petite part de l'histoire. La plus grande, c'est qui les a gagnées, et d'où.
Le compteur indien a été ouvert non par une épreuve vedette, mais par Jhandu Kumar, para-haltérophile de Harnaut, dans le district de Nalanda au Bihar, médaillé de bronze en catégorie lourds messieurs — à un dixième de point de l'argent. Frappé par la polio à cinq ans, Kumar a conduit un e-rickshaw pendant la pandémie, quand le commerce de légumes de sa famille vacillait, s'entraînant chaque soir. En 2023, il a vendu ce e-rickshaw pour financer sa route vers les championnats nationaux. Il s'entraîne aujourd'hui au centre de la Sports Authority of India à Gandhinagar — au Gujarat, l'État qui accueillera les prochains Jeux du Commonwealth.
Au lancer du poids F57 dames, Sharmila Dhankar a lancé à 9,81 mètres pour l'or — devenant la première Indienne à décrocher un titre en para-athlétisme aux Jeux du Commonwealth. Originaire de Mahendragarh, au Haryana, elle a contracté la polio à deux ans. Mariée à dix-neuf ans, elle a subi des violences conjugales avant de revenir chez ses parents avec ses deux jeunes filles. Elle n'a commencé le sport qu'à trente-quatre ans, et fut championne nationale en l'espace d'un an.
Sur la piste, Dilip Gavit, 23 ans, a couru le 100 m T47 messieurs en 10,71 secondes — un record des Jeux — pour l'or, Mohammed Basil à une foulée pour l'argent et un doublé indien. Le bras droit de Gavit a été amputé après une chute d'un manguier à cinq ans ; il n'a commencé la course qu'à dix-sept ans. Il y a deux ans, il terminait dernier d'une finale des Jeux Paralympiques de Paris 2024. Soman Rana a ajouté un autre or au poids F57 messieurs. Ce ne sont pas que des résultats sportifs. Ce sont les témoignages d'un esprit humain parvenu au podium malgré le système, et non grâce à lui.
Un talent et une résilience de cet ordre méritent une structure de classe mondiale — et c'est là que l'axe sportif franco-indien devient plus qu'un sentiment. Glasgow a intégré le para-athlétisme au programme principal : des Jeux uniques, et non deux, même stade et même public. C'est le modèle que Paris 2024 a érigé en référence moderne pour des Jeux qui traitent le para-sport comme une affiche et non comme une annexe — et la France vient d'offrir de le partager.
Cette offre est désormais concrète. En avril 2026, l'Institut français en Inde et le Comité Paralympique de l'Inde ont lancé Para Élan, une initiative de trois ans destinée à porter les valeurs d'inclusion, de résilience et d'égalité auprès de quelque 10 000 élèves dans les écoles indiennes, signée sous l'égide de l'Ambassadeur de France, S.E.M. Thierry Mathou, aux côtés de para-athlètes des deux pays. C'est la preuve que le corridor entre les deux nations est ouvert — et que le para-sport y circule.
À IFSA, c'est le travail que nous préparons de longue date. Notre propre partenariat avec le Comité Paralympique de l'Inde, et le soutien apporté autour des Jeux Paralympiques de Paris 2024 et des Championnats du monde de para-athlétisme 2025 à New Delhi, reposent sur la même passerelle. Et le calendrier n'est pas fortuit : en 2030, l'Inde accueille les Jeux du Commonwealth du centenaire à Amdavad, avec para-athlétisme, para-natation, para-tennis de table, para-haltérophilie et para-boulingrin au programme. Les athlètes du Bihar et du Haryana concourront chez eux.
C'est pourquoi Glasgow n'est pas une ligne d'arrivée, mais une feuille de route. Trois choses transformeraient le courage de cette génération en un système à sa hauteur : des Jeux para pleinement intégrés en 2030, le para au sein du programme principal comme Glasgow et Paris l'ont montré ; un investissement dès maintenant — et non en 2029 — dans la classification et l'entraînement biomécanique, ces marges techniques où l'Inde perd encore des médailles et où l'expertise française est la plus profonde ; et une filière para bâtie depuis le district, pour que la prochaine Sharmila Dhankar ou le prochain Jhandu Kumar soit porté par le système dès le premier jour, plutôt que d'atteindre le podium en dépit de lui.
La dignité n'a jamais fait de doute. Glasgow a prouvé le mérite. Ce qu'Amdavad 2030 doit y ajouter, c'est la structure — et la passerelle franco-indienne est là où elle peut se bâtir.
Image : la para-sprinteuse indienne Simran Sharma avec son guide aux Jeux Paralympiques de Paris 2024 — AwkwardChester, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.




