Précisons d'abord le titre, car une partie de la couverture médiatique de cette semaine ne l'a pas fait : Harshita Jakhar n'a pas couru le Tour de France Femmes. Le 3 août, avant l'étape 2 à Aigle, en Suisse, elle a effectué un tour neutralisé de 4,5 km — une vitrine, non une course — en tant que l'une des huit cyclistes sélectionnées pour le Programme mondial de talents cyclistes de l'UCI, aux côtés de coureuses d'Afghanistan, d'Algérie, du Chili, d'Éthiopie, de Namibie et d'Ouganda. C'est tout de même une première authentique : aucune femme indienne ne s'était jamais tenue sur cette ligne de départ, à quelque titre que ce soit, auparavant.
Cette distinction compte, et non pour minimiser l'exploit. Elle compte parce qu'elle indique précisément quel type de retard est en train de se combler, et à quel point le chemin restant est encore long.
Harshita a 19 ans, vient du Rajasthan, et s'entraîne au Centre national d'excellence de la Sports Authority of India à Patiala — sous la direction de son propre père, Rakesh Jakhar, ancien cycliste ayant couru aux Jeux du Commonwealth de Delhi 2010. Elle arrive avec une forme réelle : trois médailles d'or aux Khelo India Youth Games 2025, une d'argent et deux de bronze aux Championnats d'Asie juniors de cyclisme 2024. Le programme de l'UCI qui l'a placée sur cette ligne de départ existe pour une seule raison : offrir aux coureurs de pays sans filière cycliste professionnelle un avant-goût de ce à quoi ressemble réellement le sommet de ce sport, dans l'espoir qu'un avant-goût devienne une habitude, et qu'une habitude devienne une carrière.
Voilà la forme honnête de la situation actuelle du cyclisme féminin indien : assez talentueuse pour être sélectionnée pour la course la plus célèbre au monde, pas encore suffisamment dotée en moyens pour la courir. L'écart entre un tour d'honneur et un nom sur la feuille de départ n'est pas une question de talent. C'est tout ce qui entoure le talent — contrats d'équipe, calendrier de courses, sponsoring, une ligue nationale assez profonde pour produire plus d'une Harshita Jakhar par décennie.
Cette semaine, cet écart a aussi une forme très concrète. La course qu'Harshita a annoncée en Suisse s'est terminée ce week-end — l'étape 8 vers Nice, puis l'étape 9 et ses quatre ascensions du col d'Èze, avant l'arrivée sur la Promenade des Anglais. Elle a eu droit à 4,5 km symboliques à Aigle. Le peloton dont on lui a montré un aperçu a couru la vraie course, sur les routes françaises, pour un temps réel, pour un vrai maillot jaune.
Nous avons bâti #SundayOnCycle précisément pour cette raison — non comme un substitut à ce que font les filières de talents au niveau de l'UCI, mais comme l'autre bout de la même idée : une porte qui ne demande ni lettre de fédération, ni décision de financement, ni comité de sélection, juste un vélo et un dimanche. C'est peu de chose face à une ligne de départ dans les Alpes françaises. Mais toute filière ayant un jour produit un champion a commencé comme un petit geste qui n'a demandé la permission de personne. Harshita Jakhar a parcouru 4,5 km symboliques cette semaine et est entrée dans l'histoire en le faisant. La prochaine femme indienne sur cette ligne de départ devra la courir — et le chemin qui sépare l'un de l'autre n'est pas un problème de talent. Il ne l'a jamais été.
Image : Harshita Jakhar au Centre Mondial du Cyclisme de l'UCI, à Aigle — avec le président de l'UCI David Lappartient, au départ cérémoniel du Tour de France Femmes 2026. Photo Union Cycliste Internationale, via Olympics.com.




