Aux Jeux paralympiques de Paris 2024, Dilip Gavit s'aligne en finale du 400 m T47 masculin et termine dernier. Huitième sur huit, 49,99 secondes. Pas de médaille, pas de tapage médiatique — juste un résultat sur une feuille de résultats, le genre qui mérite une ligne dans une dépêche et rien de plus.
Cet été, à Glasgow, il court le 100 m — pas même son épreuve — et bat le record des Jeux du Commonwealth. 10,71 secondes, l'or, et un doublé indien avec son compatriote Mohammed Basil Morssinganakathi. Dilip devient ainsi le premier athlète para indien de piste à remporter l'or aux Jeux du Commonwealth. Il n'avait eu que deux mois pour préparer cette distance, son épreuve de prédilection, le 400 m, n'étant pas au programme de Glasgow.
L'histoire se joue entre ces deux chiffres — 8e et 1er — et les deux années qui les séparent en disent plus long sur le para-athlétisme indien que chacun des deux résultats pris isolément.
Dilip a grandi à Toran Dongari, un village près de Nashik, dans le Maharashtra, au sein d'une famille d'agriculteurs. À cinq ou six ans, une blessure au bras droit, non soignée, évolue en gangrène ; le bras est amputé sous le coude. Il concourt dans la classification T47, réservée aux athlètes souffrant d'une déficience du membre supérieur.
Il s'entraînait sur les routes du village, sans le moindre encadrement, quand un entraîneur, Vaijnath Kale, l'a repéré. Kale l'a pris sous son aile, l'a entraîné au quotidien, a bâti l'athlète à partir du talent déjà présent. En 2022, Dilip remporte l'or du 400 m T47 aux Jeux para-asiatiques. Deux ans plus tard, c'est Paris, et une finale du 400 m qu'il ne termine pas brillamment.
Ce qui a changé entre Paris et Glasgow n'a, en surface, rien de spectaculaire — un changement de distance, un bloc d'entraînement, un entraîneur qui avait déjà passé des années à poser les fondations. Mais c'est précisément l'écart que le para-athlétisme indien cherche sans cesse à combler : la distance entre un cycle paralympique qui produit un finaliste et le suivant qui produit un champion, construit sur le même travail quotidien et sans éclat plutôt que sur un coup d'éclat isolé. Dilip a dédié sa médaille de Glasgow à Kale, le jour du Guru Purnima — la fête de l'entraîneur — ce qui résume aussi bien que possible à qui revient vraiment le mérite.
C'est aussi, pour nous, un rappel de ce à quoi le pont franco-indien du parasport doit servir. Le parcours para d'IFSA avec l'INSEP et le Comité paralympique de l'Inde est déjà actif — il a permis un accompagnement des athlètes autour de Paris 2024, ces mêmes Jeux où Dilip a terminé huitième. Le principe de ce parcours est qu'un résultat comme celui de Paris n'a pas à être la fin d'une histoire ; avec le bon accès à la science de l'entraînement, à l'accompagnement en classification et à l'exposition en compétition, il peut en être le milieu, sur le chemin d'un Glasgow. La France vient de terminer l'organisation de Jeux bâtis sur exactement ce type d'infrastructure de haute performance. La question qui mérite d'être posée, alors que l'Inde entre dans sa propre décennie d'accueil de grands événements, est de savoir combien d'autres Dilip Gavit s'entraînent en ce moment même sur une route de village, à un entraîneur et un cycle olympique d'un record.
Image : Dilip Gavit célèbre sa médaille d'or au 100 m T47 aux Jeux du Commonwealth, Glasgow 2026 — ressource média officielle Glasgow 2026.




